Sensation de déjà-vu

Samedi dernier comme tous les samedis après-midis, je me suis occupée du ravitaillement – ma grande sortie de la semaine ! – en prenant soin de n’oublier ni ma liste de courses, ni mon porte-monnaie, ni le fameux masque FFP2 depuis peu obligatoire. Vous n’avez sans doute pas été sans remarquer qu’il ressemble étonnamment à un filtre à café même s’il vaut mieux, à mon avis, ne pas l’utiliser comme tel sous peine de voir le plan de travail de votre cuisine disparaître sous une coulée brunâtre fort odoriférante certes mais surtout synonyme de nettoyage de printemps avant l’heure…

Affiche Rossmann KP 2021Sur la liste ci-avant évoquée figurait entre autres KP ce qui équivaut pour moi à Klopapier soit papier-toilette. Cap sur le rayon idoine où j’ai éprouvé tout à coup comme une sensation de déjà-vu en découvrant, scotchée au rayon, une affiche* que je n’ai pu m’empêcher de photographier (cf. ci-contre) et qui m’a fait remonter le temps jusqu’au mois de mars 2020.

Vous savez, c’était le tout début du règne de Covid XIX lorsque les gens se sont soudain mis à dévaliser les rayons de papier-toilette comme en prévision d’une épidémie de dysenterie. Allez, histoire de vous remettre dans l’ambiance, je vous propose de relire le texte que j’avais alors écrit !

* Chers clients,

L’Allemagne n’est menacée d’aucune rupture d’approvisionnement en papier-toilette. Afin de pouvoir satisfaire le niveau élevé de demande, nous limitons les ventes à 2 paquets par client.

Nous vous prions par respect pour tous les clients de renoncer à faire inutilement des réserves.

Nous vous remercions de votre compréhension.

 

Ça commence comme la marque de bière chère à Jacques Chirac. Et pourtant, si le monde ne marche plus droit depuis plusieurs semaines, ce n’est pas d’avoir trop levé le coude mais bien plutôt de découvrir que le colosse qu’il était convaincu d’être a des pieds d’argile.

Queue devant les supermarchés Covid 19Oubliés nos bobos de bisounours, la grande peur est de retour, cette angoisse des épidémies profondément enracinée dans notre insconscient collectif. D’où ces comportements irrationnels, aussi contagieux que le virus lui-même, dont celui qui consiste à vider les rayons de papier hygiénique alors même que la diarrhée n’est pas véritablement le symptôme le plus fréquent ni le plus inquiétant de la Covid1-19 !

(Photo : © Aude Vautrin)

Mobilisation générale 39 45

Le président de la République française ne s’y est pas trompé. Alors que, dans sa première allocution (jeudi 12 mars), il exhortait les Français à « garder le sang-froid dont [ils avaient] fait preuve », la tonalité de la deuxième2 (lundi 16 mars) était MARTIALE ! Observateurs politiques, journalistes, tous avaient lundi soir à la bouche cet adjectif dérivé du nom latin du dieu de la guerre pour qualifier le champ lexical dans lequel Emmanuel Macron s’en est allé glâner au moment de rédiger son texte : lutter, armée, mobilisation générale, ennemi, union nationale, combat, hôpital de campagne, déployer… et six fois le mot guerre ! Il est vrai que lorsque leur cerveau reptilien (ou primitif) a pris le pouvoir, il est parfaitement vain d’appeler les populations à raison garder. C’est à peu près aussi efficace qu’un cautère sur une jambe de bois !

De ce côté-ci du Rhin, les commentateurs ont souligné (ironiquement) le pathos du président français, pathos totalement étranger à Angela Merkel – on ne le dira jamais assez : il y a toujours un substrat de vérité dans les stéréotypes ! Ainsi, les dirigeants français convoquent-ils volontiers, dans les périodes de crise, les mânes de ceux qui ont fait les grandes heures de la France. Si les accents et la posture gaulliennes se justifieraient d’autant plus en cette année de commémoration du 130e anniversaire de la naissance et du cinquantenaire de la mort de l’homme du 18 Juin, il semblerait qu’Emmanuel Macron se soit plutôt inspiré du Père la victoire, Georges Clémenceau (cf. l’article de Libération publié le 17 mars et intitulé « Macron a mis un tigre dans son discours »).

Peu importe les références du reste, le message a été reçu cinq sur cinq par nombre de Français qui ont d’ores et déjà pris la route de l’exode3

1 Covid = Coronavirus Desease

2 Que ne donnerait-on pas pour pouvoir écrire "seconde" !

3 cf. France Info

Sophia Mavroudis, l’interview

Collage MO Sophia
Le 19 janvier dernier, j’ai donc interviewé Sophia Mavroudis, l’autrice des Enquêtes à Athènes du commissaire Stavros Nikopolidis – disponibles à ce jour : Stavros et Stavros contre Goliath, tous deux parus chez Jigal Polar.
Absolument passionnant dans la mesure où Sophia nous a fait pénétrer dans les coulisses de l’écriture de ses livres. Je ne me lasse pas de l’écouter personnellement et j’ai eu l’impression qu’il en allait de même pour la trentaine de personnes, qui s’étaient inscrites à cet événement littéraire en ligne organisé en coopération avec l’association Munich Accueil.
Rendez-vous est d’ores et déjà pris avec Sophia Mavroudis pour la troisième enquête à Athènes du commissaire Stavros Nikopolidis, actuellement en cours d’écriture.
Pour tous ceux qui n’ont pas pu assister à l’interview ou ceux qui y ont assisté mais souhaiteraient la réécouter, il suffit de cliquer sur le lien que voici :

Le Renard et le Président

La trêve des confiseurs1, locution française bien connue, a pour caractéristique d’être surtout utilisée durant la période qu’elle désigne, à savoir la succession de jours qui sépare les fêtes de Noël de celles du Nouvel An et que nous tenons absolument à vivre comme une parenthèse aussi hermétique que possible à tout ce qui, de près ou de loin, pourrait rappeler la vallée de larmes qu’est, tantôt plus, tantôt moins, notre quotidien.

Steinmeier Fuchs

Les préoccupations des grands de ce monde se font, elles-mêmes, légères et n’en sont pas moins rapportées par les médias qui se mettent au diapason de l’état d’esprit ambiant. Ainsi plusieurs journaux allemands se sont-ils fait l’écho, en début d’année, de la révélation par la présidence allemande (cf. photo ci-contre) de la présence récurrente d’un renard dans le parc du château de Bellevue2. Le locataire actuel des lieux, Monsieur Franz-Walter Steinmeier, ayant décidé d’octroyer un nom au sympathique quadrupède, a d’ailleurs invité ses concitoyens à lui faire des suggestions.

En qualifiant l’animal de sympathique, je m’avance peut-être un peu… Si l’on en croit les classiques de la littérature (Roman de Renart, fables d’Esope ou de La Fontaine), le renard serait en effet un fieffé coquin aux beaux discours duquel mieux vaut ne pas se fier sous peine de se retrouver dépouillé de sa pitance (cf. Le Corbeau et le Renard) ou abandonné au fond d’un puits dont on l’aura auparavant aidé à sortir (cf. Le Renard et le Bouc) !

Et comment oublier la rage, dont il fut longtemps le principal agent de propagation, ou les carnages, dont il se rend coupable dans les poulaillers ?! A entendre les propriétaires de ces derniers, il n’y a pas à tortiller, un bon renard est un renard mort !

Ce en quoi, ils se trompent du reste dans la mesure où Maître Goupil, même trépassé, n’en continue pas moins de nuire. Il est de fait manifeste – et ce qui vient de se passer outre-Atlantique nous l’a une fois de plus démontré – que les tares du renard se transmettent à toute personne qui a l’idée de s’affubler de sa dépouille en guise de chevelure.

Patience, le 20 janvier 2021 finira bien par arriver !!!!

1 Pour l’origine de l’expression, cf. Karambolage

2 Résidence officielle des présidents de la République fédéral

3 cf. Le Corbeau et le Renard et Le Renard et le Bouc

Rencontre avec Sophia Mavroudis, auteure de romans noirs

Munich Accueil et Marie-Odile Buchschmid vous invitent à rencontrer

le 19 janvier 2021

de 18h30 à 20h00

sur Zoom

une auteure qui n’en revient toujours pas d’être là où elle est aujourd’hui.

PHOTO 2020 12 02 11 43 56

Ecouter Sophia Mavroudis, c’est mettre le cap sur la mer Egée, Athènes et la Grèce,

un pays que l’on apprend à mieux connaître au-delà des clichés. 

 

C’est durant son séjour à Munich que Sophia Mavroudis, née à Casablanca d’une mère grecque et d’un père français, décide de mener à bien un projet qui lui tient à cœur depuis longtemps : écrire sur la Grèce, le pays où elle a grandi. Mais au lieu de l’essai auquel la prédestinerait sa formation en sciences politiques et relations internationales à Sciences Po (guerres et conflits en Europe et à sa périphérie), elle opte pour le genre du… roman noir ! 

Et c’est ainsi que le commissaire Stavros Nikopolidis, un colosse aux pieds d’argile dont les silences sont plus redoutables que les accès de démesure, et son équipe voient le jour. Autant de personnages auxquels la parfaite connaissance de l’histoire et de la réalité socioculturelle grecques de l’auteure confère une indéniable crédibilité.  

Publié en 2018 aux éditions Jigal, Stavros – Les enquêtes à Athènes du commissaire Stavros Nikopolidis, rencontre un écho si favorable que Sophia Mavroudis ne peut que poursuivre sur sa lancée ! Une deuxième enquête, Stavros contre Goliath, vient de paraître (cf. bande-annonce) et la troisième est en bonne voie.

Inscription à cet événement gratuit :

- Pour les membres de Munich Accueil, sur le site de Munich Accueil

- Pour les adhérents d'autres Accueils membres de la Fiafe, directement par email auprès de : Diese E-Mail-Adresse ist vor Spambots geschützt! Zur Anzeige muss JavaScript eingeschaltet sein!

On a tous en nous quelque chose de Charles de Gaulle

130e anniversaire de sa naissance, 80e anniversaire de l’appel du 18 juin, 50e anniversaire de sa disparition… 2020, c’était couru d’avance, serait l’année de Gaulle. Ce qui n’était pas prévu en revanche, c’est qu’un virus inconnu au bataillon viendrait mettre la chienlit dans le programme de commémorations qui promettaient d’être au moins à la hauteur de la reconnaissance vouée par la patrie au grand homme.

Escamotées, confidentielles, les cérémonies officielles, qui ont eu lieu, tenaient parfois du service minimum de France Télévisions lors d’un mouvement social de certaines catégories de son personnel ! Mais peut-être n’en ont-elles été finalement que plus décentes et plus respectueuses de la personnalité de l’homme du 18 Juin qui, faut-il le rappeler, s’était fermement opposé de son vivant à ce qu’on lui organisât des obsèques nationales.

1024px Generaal De Gaulle Bestanddeelnr 909 5671Charles de Gaulle ayant été mon tout premier président, comment résister à la tentation d’y aller, moi aussi, de mes souvenirs même si, née en 1964, je n’étais pas bien vieille à l’époque. L’image que je garde de lui se confond avec celle alors en noir et blanc de la télévision. C’est celle d’un très vieux monsieur dont la gestuelle me faisait penser à ces pantins articulés à qui une ficelle permet de lever les bras. S’exprimait-il qu’il le faisait de la grosse voix des grandes personnes s’adressant à un enfant qui avait fait une bêtise. L’auditoire ne semblait toutefois pas s’en formaliser. Au contraire, à peine avait-il cessé de parler et avait-il levé les bras qu’une vague de « Vive de Gaulle ! » déferlait. Enthousiasmée, ma petite sœur Sandrine levait alors elle aussi les bras et s’écriait « [golo], [golo] » avant d’éclater de rire.

Croix de Lorraine Ainsi qu’il l’avait annoncé lors d’une conférence de presse1 d’anthologie, l’inventeur de la Ve République n’a pas manqué de mourir. Colombey-les-deux-Eglises ne se trouvant pas très loin de la ville où j’ai grandi, le petit village où est enterré le grand Charles est bientôt devenu l’un des buts d’excursions proposés par mes parents aux amis ou membres de la famille de passage à la maison. Lorsque nous nous y rendions, mes sœurs et moi guettions l’apparition à l’horizon de l’immense2 croix de Lorraine au pied de laquelle nous demeurions de looooongues minutes en silence… Dirigeant mon regard vers le sommet du monument, il me semblait le voir osciller et je n’avais qu’une peur c’est qu’il ne finisse un beau jour, tel le chêne de la fable sous les coups de boutoir « du plus terrible des enfants que le Nord eût portés jusque-là dans ses flancs »3, par nous tomber dessus. Second site4 incontournable : le cimetière de Colombey et la tombe de marbre blanc devant laquelle nous stationnions à nouveau en silence, silence durant lequel je me suis souvent fait la réflexion que de Gaulle devait vraiment avoir été un homme très très grand pour avoir droit à une tombe tellement plus imposante que celle des autres morts.

J’avais hâte que ces séances se terminent mais quelque chose me disait qu’il aurait été très mal venu d’en faire état en soupirant d’ennui ou en hasardant un « C’est quand qu’on s’en va ? ». Imprégnation culturelle, imaginaire et inconscient collectifs avaient déjà bien préparé le terrain au système éducatif républicain auquel est assigné le rôle de transmettre aux « chères têtes blondes » roman national, génie de la France et autre « devoir de mémoire ». A la fin de ma scolarité, je n’avais ainsi pas seulement le bac en poche mais aussi « une certaine idée de la France ». Du général de Gaulle en revanche, je n’avais guère entendu parler même s’il était originellement prévu qu’il croisât ma route à la fin du programme d’histoire de 3e et de terminale, programmes que nous n’avons évidemment jamais bouclés. Mon profond intérêt pour l’histoire et la politique ainsi que mon parcours professionnel m’ont néanmoins permis de combler un certain nombre de lacunes, les commémorations, qui se sont succédé au fil des années, constituant en outre d’excellentes occasions de mettre un peu d’ordre dans les connaissances accumulées.

Ces dernières semaines, j’ai donc suivi assidûment les hommages rendus par la France à celui à qui elle doit en grande partie d’être aujourd’hui ce qu’elle est. Le ton grandiloquent voire franchement hagiographique de certains discours, témoignages ou documentaires m’a, une fois de plus, mise mal à l’aise. Je n’ai pas besoin de chercher bien loin l’origine de ce sentiment : depuis plus de trente ans, je vis dans un pays, l’Allemagne, dont les ressortissants ne brandissent pas leur nationalité comme un étendard et entretiennent – et pour cause ! – une relation totalement dépassionnée à leurs dirigeants. Le comportement de la très grande majorité des responsables politiques est à l’avenant. Quand on sait que la chancellerie fédérale a été ou est encore surnommée Elefantenklo ("toilettes pour éléphants") ou Waschmaschine ("machine à laver"), force est de constater qu’on est vraiment à mille lieues des « ors de la République ». Lorsqu’on est originaire de France, on a un peu de mal à s’y faire au début. Mais comme on se rend très vite compte que l’Allemagne ne s’en porte pas plus mal (!), on en vient même à se demander si la France ne serait pas bien avisée de s’inspirer de cet exemple – j’ai failli écrire « modèle » – en laissant enfin de Gaulle, 50 ans après sa mort et sans que cela ne lui retire aucun mérite, reposer en paix…

1 Conférence de presse du 4 février 1965

2 Près de 45 mètres

3 Le chêne et le roseau, Jean de La Fontaine, Fables, 1668

4 La Boisserie, la résidence de la famille de Gaulle a été ouverte à la visite en 1980 et le Mémorial Charles de Gaulle a ouvert ses portes en 2008.

Marie-Odile Buchschmid
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