Insouciante ? Moi, jamais…

Le week-end dernier, alors que je ne me baladais pas le cœur ouvert à l’inconnu sur les Champs-Elysées munichois mais en arpentais bien plutôt les pavés mouillés d’un pas ferme et le col relevé face à la timide offensive d’un hiver décidément pas au mieux de sa forme, je n’en notai pas moins un déploiement impressionnant de policiers la poitrine barrée d'un pistolet-mitrailleur.
Depuis ma participation aux manifestations contre la loi Devaquet* à l’hiver 1986, la présence trop ostensible des forces de l’ordre me met toujours mal à l’aise. Me revint alors à l’esprit la Conférence sur la Sécurité et je ne pus m’empêcher de me demander – on ne se refait pas ! – si ces cordons d’hommes et de femmes en armes étaient censés protéger les grands de ce monde des terroristes ou de leur population…

 

Au Forum de Munich sur les politiques de défense, nom officiel de la Conférence sur la sécurité, c’est Manuel Valls qui a porté la voix de la France. Dans son intervention du 13 février « sur la nature de la menace terroriste à laquelle nous faisons face », deux phrases du deuxième paragraphe – je certifie avoir lu le texte dans son intégralité – ont retenu plus particulièrement mon attention : « … nous avons changé d’époque, nous avons changé de monde. Au fond, en Europe et en France, après les attentats de janvier et de novembre, nous sommes sortis d’une forme d’insouciance pour entrer dans une période marquée par le fait que nous sommes en guerre – parce que le terrorisme nous fait la guerre. »
Depuis que je suis en âge de m’intéresser au monde qui m’entoure, je ne me souviens pas avoir jamais été insouciante géopolitiquement parlant. Candide, ça oui… en 1981, un état d’esprit qui, cela dit, n’a pas survécu au tournant de la rigueur de 1983. Mais d’insouciance, point !

Quant au monde et de cela résulte aussi mon absence d’insouciance, je ne vois pas en quoi il a changé. Il était déjà en guerre avant le 7 janvier 2015, la différence avec aujourd’hui, c’est que nous n’avions pas compris que nous étions nous aussi concernés. Pour la bonne raison qu’il n’y a qu’un seul monde, qu’il est à notre image ou plus exactement qu’il est ce que nous en faisons ou n’en faisons pas.
Sans parler de l’utilisation du terme de guerre pour qualifier les attentats terroristes qui ont ébranlé la capitale française et cela même au moment où nous commémorons le centenaire de la Première Guerre mondiale qui a coûté la vie à près de 10 millions de personnes. Et qu’on ne s’y trompe pas, je ne suis pas en train d’affirmer que certains morts comptent plus que d’autres : un mort, que ce soit au Bataclan ou à Verdun, est toujours un mort de trop !

Manuel Valls s’est également exprimé face à la presse allemande, une interview que j’ai lue là encore dans son intégralité. La dernière partie était consacrée à la question des réfugiés. A la question de savoir, s’il approuvait la politique d’ouverture des frontières de la chancelière allemande, le chef du gouvernement français a répondu qu’elle « pouvait être temporairement justifiable mais pas dans la durée ». Un journaliste, dont le regard brillait peut-être d’une lueur narquoise, a alors enfoncé le clou : « La France a accueilli quelque 80 000 réfugiés, l’Allemagne un peu plus d’un million. Pourquoi la France accueille-t-elle proportionnellement si peu de réfugiés ? ».
Que la France ne puisse pas – et d'ailleurs personne ne le lui demande – ouvrir aussi largement ses portes – à défaut de ses bras ! – que l’Allemagne qui jouit, elle, d’une insolente santé économique**, c'est une chose mais la juxtaposition de ces deux nombres (80 000 vs 1 000 000) se passe de commentaires et surtout de ceux qui voient déjà une vague d’immigration massive déferler sur l’Hexagone !
Rappelons que 91 % des Français ne sont ni étrangers, ni immigrés, que 78 % n’ont aucun ascendant étranger sur deux générations et que… 92 % ne sont pas musulmans***. A titre de comparaison, 90,7 % des Allemands n’étaient pas étrangers au 31 décembre 2014**** et 94,8 à 95,4 % d’entre eux n’étaient pas musulmans en 2010*****.
La culture judéo-chrétienne n'a donc rien d'un colosse aux pieds d'argile !
A bon entendeur…

*Alain Devaquet : ministre délégué chargé de la Recherche et de l’Enseignement supérieur du 20 mars au 8 décembre 1986. Son projet de réforme des universités déclencha une violente vague de contestation étudiante. Suite au décès d’un étudiant malmené par la police, le ministre fut contraint de démissionner et son projet de loi retiré.
**« … l’Allemagne a créé 412 000 emplois entre fin 2014 et fin 2015. Cette hausse de 1 % est la plus vigoureuse depuis l’été 2012. » (CIDAL, 17 février 2016)
***Le Monde/Les Décodeurs, 29 septembre 2015
****Statistische Ämter des Bundes und der Länder
*****Bundeszentrale für politische Bildung

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