Deux nationalités, c’est mieux qu’une !

Lorsque j’avais fait état de mon intention de demander la nationalité allemande, nombreux avaient été dans mon entourage ceux qui s’étaient et m’avaient demandé pourquoi, arguant qu’hormis l’obtention d’un droit de vote intégral de ce côté-ci du Rhin – raison suffisante à mes yeux –, ma situation ne s’en verrait pas modifiée. Ils n’avaient pas tout à fait tort… jusqu’à ce que François Hollande aille braconner sur les terres du Front national et revienne de sa chasse aux fausses bonnes idées (cf. plus bas) avec dans sa musette l’intention d’inscrire dans la Constitution la possibilité de « déchoir de sa nationalité française un individu condamné pour une atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation ou un acte de terrorisme, même s’il est né français dès lors qu’il bénéficie d’une autre nationalité. »*
Au cas où nos dirigeants en viendraient un jour à supprimer la restriction sur laquelle s’achève la phrase (en gras) du président, mieux vaut avoir deux nationalités qu’une seule ! Fi de l’aura vaguement romantique de l’apatridie – n’être de nulle part, n’est-ce pas être de partout ? –, au quotidien, c’est sans aucun doute la cause de multiples emmerdes comme dirait Aznavour surtout à un moment où les contrôles d’identité font un retour en force. Quand je dis retour en force, j’exagère un brin. Lorsque nous avons passé le Rhin le 29 décembre 2015 dans le sens Est-Ouest, la frontière franco-allemande ne ressemblait pas vraiment à Check-Point Charlie du temps du rideau de fer. Trois véhicules de police certes, mais vides et pas le moindre képi à la ronde. Frustrant quand on brûle de dégainer deux cartes d’identité…

 

Deux nationalités, c’est mieux qu’une, disais-je donc. Non que je me sente des velléités de m’envoyer en l’air par le biais d’une ceinture d’explosifs… Quoique par les temps qui courent, on ne puisse plus se fier à quiconque durablement. Qui aurait pu prédire en 2012 que les socialistes mangeraient leur chapeau en l’accommodant à la sauce nationaliste ? Eh bien si, ils l’ont fait ! Tout comme leurs ancêtres votèrent les crédits de guerre en 1914. Je ne sais pas ce que vous en pensez, personnellement, je trouve que c’est pousser un peu loin les commémorations de la Première Guerre mondiale.
Non mais imaginez l’électeur de François Hollande tombé dans un coma profond peu de temps après la victoire de son candidat à l’élection présidentielle de 2012 et qui reprend conscience le 16 novembre 2015 alors que le président qu’il a contribué à élire s’exprime devant le Congrès à Versailles. C’est un coup à croire non qu’on est revenu à la vie mais qu’on a rendu l’âme et vient d’arriver en enfer !

 

C’est finalement Manuel Valls et non Christiane Taubira qui, à partir de début février, défendra à l’Assemblée et au Sénat le projet de loi visant à inscrire la déchéance de nationalité dans la Constitution, nous a-t-on annoncé hier. Je n’éprouve pas de sympathie particulière pour la ministre de la Justice, qui aurait dû selon moi quitter le gouvernement, mais je suis de son avis quand elle se prononce contre ce projet de loi. Une mesure comme la déchéance de nationalité n’a de sens que si elle est dissuasive. Or ce ne sera pas le cas. Jamais le risque d’être déchu de la nationalité française ne fera reculer quelqu’un qui est prêt à mourir pour Daech ou toute autre organisation terroriste. Et je suis persuadée que la grande majorité de ceux qui se rangent derrière le chef du gouvernement le savent pertinemment eux aussi. Manuel Valls lui-même ne parlait-il pas hier de mesure symbolique ?
Mais qui n’a pas été capable, entre autres, d’« inverser la courbe du chômage » se rattrape comme il peut quitte à prendre des mesures qui, quoique tout aussi inefficaces que les autres, ont au moins l’avantage de répondre aux attentes d’un peuple dont on se rappelle soudain qu’il est souverain…

*Discours du 16 novembre 2015 devant le Parlement réuni en Congrès à Versailles

Marie-Odile Buchschmid
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