Les répercussions domestiques du confinement

Femme de menageS’il est une identité que j’ai toujours eu du mal à endosser, c’est bien celle de femme d’intérieur avec son long cortège d’activités peu valorisées dont j’ai d’ailleurs fini par déléguer celles qui me rebutent le plus. Ainsi ai-je remis, il y a plusieurs années déjà, mon aspirateur entre de meilleures mains que les miennes, jouissant depuis d’un bonheur sans nuage chaque fois que résonne « l’agaçant vrombissement de l’appareil préparant la lente assomption du propre, dans cette ambiance cataclysmique si nécessaire […] à la perception de la quiétude qu’elle se plaît à préparer sous le masque »1. Enfin, le bonheur sans nuage, c’était avant… avant qu’un virus, doté d’un nom que jamais un officier d’Etat civil n’entérinerait, ne débarque dans nos existences et ne nous assigne tous à résidence, tous c’est-à-dire y compris MA femme de ménage !

 

J’ai véritablement pris conscience des implications domestiques du confinement lorsque les moutons, qu’il m’arrive de passer en revue la nuit, non seulement ont cessé de s’éclipser à l’aube, mais se sont mis en outre à croître et se multiplier au fil des jours. Mon conjoint pouvant travailler indifféremment en présentiel ou en mode virtuel quand mon activité professionnelle à moi a fondu comme neige au soleil printanier, j’ai vite compris que la parité en matière de tâches ménagères n’était plus de saison et que même si la loi (allemande) en attribuant l’entière responsabilité à l’épouse a été abolie en 19772, c’est néanmoins moi, assistée de mon aspirateur traîneau en guise de chien de berger, qui allais devoir m’y coller ! Faire le ménage une fois de temps en temps passe encore mais devoir sans cesse recommencer et cela ad vitam aeternam, il n’en faut pas plus pour que je me prenne pour Sisyphe3 avec en lieu et place du rocher de ce dernier l’aspirateur ci-avant évoqué…

Albert Camus assurant qu’« il faut imaginer Sisyphe heureux »4, j’ai pisté les satisfactions procurées par l’entretien de mon intérieur. Le fait est qu’à l’issue d’un grand nettoyage de printemps, d’été, d’automne ou d’hiver, je ressens ce que je pensais n’être qu’un immense soulagement mais qui pourrait peut-être bien, réflexion faite, mériter le qualificatif de bien-être. Si l’on ajoute à cela que le ménage, à l’heure où le confinement a sérieusement mis à mal les pratiques sportives, est aussi l’occasion de faire un peu d’exercice physique, on en arriverait presque à le considérer comme une méthode de développement personnel, certains n’hésitant d’ailleurs pas à parler de thérapie5. Je n’irai pas jusque-là même s’il me semble désormais indéniable que le ménage est tout sauf l’activité dérisoire pour laquelle je le tenais. C’est ce qu’affirme également le sociologue Jean-Claude Kaufmann dans l’ouvrage6 qu’il a consacré à ce qu’il appelle « la danse du propre », ouvrage dans lequel il explique que « le monde est né de l’idée du propre ; le premier apprentissage de l’enfant est celui de la propreté ; le geste quotidiennement refondateur de la civilisation consiste à se laver et à ranger. Être propre, c’est être en propre, être soi, clairement séparé de la souillure et du non-soi : se défaire de la saleté dessine la première frontière existentielle. » Bref, pour le dire à la manière de Descartes : je fais le ménage donc je suis…

Assez cogité, il est temps de passer aux travaux pratiques et donc de conclure ce qui, en France, ne saurait se faire qu’en chanson avec un titre injustement oublié de Claude Nougaro et intitulé fort à propos… L’Aspirateur !

1. in Une femme de ménage, Christian Oster, Les Editions de Minuit, 2001

2. cf. https://www.freiheit.org/gesetzesanderungen-folge-3-haushaltsfuhrung-und-erwerbstatigkeit (en allemand)

3 . « Le personnage mythique de Sisyphe, condamné par les dieux à rouler son rocher en haut d’une montagne pour le voir perpétuellement retomber […] », Le Petit Robert des noms propres, édition 2016

4. cf. Le Mythe de Sisyphe, 1942. Explication : https://www.lefigaro.fr/livres/2013/11/07/03005-20131107ARTFIG00438-sisyphe-l-homme-heureux-qui-rappelle-albert-camus.php

5. cf. Faire le ménage chez soi, faire le ménage en soi – Et si faire le ménage était une thérapie ?, Dominique Loreau, Marabout, 2011

6. cf. Le Cœur à l’ouvrage (Théorie de l’action ménagère), Jean-Claude Kaufmann, éd. Armand Colin, 2015

 

Marie-Odile Buchschmid
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