Ouf, on a eu chaud !

Enfin, c’est surtout l’Autriche qui a eu chaud. Pour ceux parmi vous qui n’auraient pas « tilté » comme dirait ma copine Sabine quand elle se lâche, je fais allusion aux élections présidentielles autrichiennes dont le second tour s’est tenu dimanche dernier et a vu la victoire du candidat soutenu par les écologistes sur l’avatar masculin de Marine Le Pen.

Il est vrai que l’Autriche, vue de France, peut paraître bien éloignée. Il en va différemment ici, dans cette Bavière qui, si elle ne m’a pas donné le jour, m’est devenue une seconde « patrie » – à défaut d’un équivalent français satisfaisant du mot allemand »Heimat«. Vue de Bavière en effet, l’Autriche c’est la porte à côté ou sur une carte, une des bonnes vieilles cartes Vidal-Lablache de notre lointaine scolarité, c’est à droite et en dessous. Sans être cernés, nous ne pouvons donc qu’être concernés, proximité géographique et culturelle oblige.

Mais France et Autriche sont plus proches l’une de l’autre qu’on pourrait le penser.

Ainsi élisent-elles toutes deux leur président au suffrage universel selon un système majoritaire à deux tours, président que la constitution autrichienne – si j’en crois ce que j’ai lu dans la presse ces derniers jours – ne cantonnerait pas à l’inauguration des chrysanthèmes contrairement à l’usage qui s’est établi au fil du temps. Norbert Hofer, le candidat FPÖ malchanceux de dimanche, avait d’ailleurs annoncé lors de l’un des duels télévisés qui l’ont opposé au désormais président du pays, Alexander van der Bellen, vouloir exercer pleinement les pouvoirs octroyés par les textes au chef de l’Etat. Pour ce qui est en revanche de brandir un 49.3 en guise de kalachnikov afin réduire au silence tous ceux qui ne sont ni contents ni dociles, la France, je vous l’accorde, bat l’Autriche de plusieurs longueurs…

Autre point commun et non des moindres : la poussée de l’extrême droite même si à la différence de ce qui se passe en France, le FPÖ de Monsieur Hofer fait depuis longtemps partie du paysage politique autrichien et a déjà participé à plusieurs coalitions. Sans compter que le très charismatique Jörg Haider, décédé à la fleur de l’âge en 2008, avait exercé à deux reprises les fonctions de gouverneur du Land de Carinthie. Dans la langue de Stefan Zweig, FPÖ ne signifie pourtant que Freiheitliche Partei Österreich (Parti libéral autrichien). Sachant que derrière cette dénomination se cache bel et bien l’équivalent du parti emmené en France par Marine Le Pen, on reste songeur face à la définition ici ou là de l’adjectif libéral.

Il s’en est donc fallu de peu que l’Autriche ne se retrouvât dirigée par un représentant de l’extrême droite. Je ne vous dis pas les grands écarts diplomatiques que cela aurait demandé à nos hommes politiques de France et de Navarre contraints de côtoyer bon gré, mal gré sur la scène internationale l’un de ceux qu’ils jugent « infréquentables » quand ils évoluent sur celle de l’Hexagone. Mais d’une part l’adjectif impossible n’existe pas dans la langue diplomatique et d’autre part les citoyens de l’Autriche lui ont heureusement évité de perdre la face, nous évitant à nous de faire le rapprochement avec la naissance dans ce pays, à Braunau, en 1889 d’un certain A---- H----- !

Marie-Odile Buchschmid
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