29 avril 1945 – 29 avril 2019

Mahnmal von Nandor Glid Dachau

 

« Cette journée, je la fêterai jusqu’à la fin de mon existence comme un deuxième anniversaire, comme le jour où la vie m’aura été à nouveau donnée. » Voilà ce qu’écrivit1 Edgar Kupfer-Koberwitz dans son journal au soir de la libération du camp de concentration de Dachau par les Américains. Le journaliste et poète (1906-1997), déporté à Dachau en novembre 1940 et dont le journal est paru en 1997 sous le titre Dachauer Tagebücher, faisait partie des 32 000 détenus qui recouvrèrent la liberté en ce 29 avril 1945

et créèrent le jour même le Comité international de Dachau. C’est au Comité que l’on doit l’aménagement du camp en lieu de mémoire, visité chaque année par près de 800 000 personnes (source : Petit Futé Allemagne 2017/2018). Et le 1er mai 1945, les détenus se réunissaient pour célébrer la libération de l’un des tout premiers camps nazis, une cérémonie qui se renouvelle depuis, année après année, et aura lieu le 5 mai prochain, à partir de 9h30, pour la 74e fois.

Au programme des commémorations figure notamment un dépôt de gerbes au pied du Monument international (cf. photo ci-dessus). A cette œuvre de l’artiste yougoslave Nandor Glid (1924-1997), lui-même rescapé de l’enfer concentrationnaire, je n’ai accordé l’attention qu’elle méritait que récemment, alors que ma première visite du camp remonte à la fin des années 80. Il aura fallu pour cela qu’elle inspire à l’écrivain Michel Lagrange un poème qui m’a enfin décillé les yeux et dont voici un extrait :

J’AI CRU QUE…

J’ai cru que j’étais l’Homme.

On m’a prouvé que je n’étais

Qu’un copeau de chair accroché

Aux barbelés de mon destin.

 

Un réseau d’araignées malsaines

A tendu ses bras squelettiques

Exprès pour que je m’y confonde.

 

J’ai vécu la tourmente

Et la tentation de survivre,

Alors que je tombais du ciel

Dans les fosses communes,

Avant d’y remonter

Nuageux

Anonyme.

 

J’ai cru que dans mon dos j’avais des ailes

Et que je pourrais m’envoler

De cet enclos de faux soleils

Brûlants.

 

Ici,  l’enfer cultive un paradis contraire,

Une perfection de fruits vénéneux,

Et de discours diablangéliques.

 

Un régiment d’araignées vert-de-gris

Ne se nourrit que d’ombres d’hommes,

Accrochés cloués vifs aux battants barbelés,

Comme jadis les oiseaux de malheur

Sur la porte des granges. […]

© Michel Lagrange, J’ai cru que, 2018

 

 

 

1 Littéralement traduit par mes soins

Marie-Odile Buchschmid
Birkenweg 14
82291 Mammendorf

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