L’Epiphanie de part et d’autre du Rhin

galette des rois 1119699 1920La France a beau être depuis des siècles la "fille aînée de l’Eglise", la pratique religieuse de ses habitants n’est plus ce qu’elle fut. Ainsi l’Epiphanie (du grec epiphanea : manifestation, apparition), célébrée le 6 janvier et qui correspond à la « manifestation de Jésus-Christ aux Rois mages venus pour l’adorer »1, évoque-t-elle avant tout pour la plupart de ces cartésiens de la fourchette – « je mange donc je suis » – la galette des Rois.

MO galette A peine remis des agapes des fêtes de fin d’année et foulant déjà au pied les bonnes résolutions diététiques qu’ils viennent de prendre, ils font tous honneur à ce gâteau étouffe-chrétien – aucun risque donc pour le plus grand nombre d’entre eux ! – dont ils se régalent sans modération mais prudemment… en raison de la fève en porcelaine se trouvant peut-être dans leur(s) part(s). La personne, à qui ce bonheur échoit, accède au titre de roi (de reine), dépose sur sa tête la couronne offerte par le pâtissier pour toute galette achetée avant de se choisir une reine (un roi). Et parce que ce peuple n’est pas à une contradiction près, cela ne se termine pas sur l’échafaud !

Vous voulez en savoir plus ? Alors reportez-vous au sujet du 13 Heures de France 2 diffusé hier, samedi 5 janvier.

 

En Allemagne en revanche, l’Epiphanie demeure une fête religieuse – bon à savoir : le 6 janvier est férié en Bade-Wurtemberg, Bavière et Saxe-Anhalt. Au cours des services religieux, particulièrement nombreux ce jour-là, les prêtres et pasteurs procèdent parfois à la consécration de l’eau dite de l’Epiphanie qui a la réputation de protéger durant sept ans des mauvais esprits. Des processions suivies de représentations de l’arrivée de Gaspard, Melchior et Balthazar à Béthléem sont organisées en plein air (parc du château de Nymphenburg et jardin Anglais à Munich par exemple). Et pour ceux qui sont attachés à la tradition de la crèche, le moment est venu de mettre symboliquement en place les santons figurant les Rois mages.  

SternsingerQuant aux personnes qui, par manque de foi ou par crainte du froid, ne se sont pas associées à ces célébrations, les Rois mages viennent à elles ! Depuis la fin du mois de décembre en effet, les Sternsinger2 (de jeunes croyants ayant revêtu les atours des Rois mages) sillonnent les communes, sonnent chez les habitants à qui ils proposent, en échange d’une obole, d’attirer sur eux la bénédiction divine en inscrivant à la craie sur la porte d’entrée de leur maison ou de leur appartement les lettres C, M et B encadrées des chiffres de l’année qui vient de commencer. Cela donne cette année : 20*C+M+B*19 (cf. photo). C, M, B ont longtemps été considérées comme les initiales des prénoms des Rois mages (Caspar pour Gaspard, Balthazar, Melchior), l’interprétation actuelle étant que C M B serait l’abréviation de la phrase latine Christus mansionem benedicat (Que le Christ bénisse cette maison).

1 : source (Le Petit Robert, édition 2016)

2 : Le substantif Sternsinger est formé de deux autres substantifs : Stern (étoile) en référence à l’étoile grâce à laquelle les Rois mages sont arrivés à bon port et Singer du verbe singen (chanter), les enfants déguisés en Rois mages interprétant aussi des chants dédiés à l’Epiphanie. 

Marie-Odile Buchschmid
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