« Quelle connerie la guerre ! »

Non contente de faire de quasiment chacune des journées de son calendrier la journée mondiale de quelque chose (amitié, bonheur, gentillesse, droit d’auteur, liberté de la presse…), notre époque a également la commémoration inflationnaire. Et encore, on nous en épargne beaucoup. Cette année, comme chaque année, les occasions seraient si nombreuses – fondation du Mont-Saint-Michel (966), arrivée de Léonard de Vinci en France (1516), mort de Diane de Poitiers et de Nostradamus (1566), mort d’Anne d’Autriche et de François Mansart (1666), naufrage de La Méduse et invention du stéthoscope par Laënnec (1816), découverte du site de Solutré et naissance de Kandinsky (1866), etc. – que l’on ne ferait plus que ça ! Alors on, c’est-à-dire pour les célébrations nationales le Haut comité desdites, hiérarchise pour aboutir à une liste soumise au ministre de la Culture qui tranche.
Cela étant, à défaut d’être tous retenus, les événements dont ceux que je citais précédemment n’en ont pas moins réussi à échapper aux oubliettes pour ne pas dire aux culs-de-basse-fosse de l’Histoire, où moisissent entre autres les cohortes de tous ceux qui occupèrent un temps le devant de la scène, firent trois petits tours et s’en allèrent emportant avec eux jusqu’au souvenir de leur existence.

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Insouciante ? Moi, jamais…

Le week-end dernier, alors que je ne me baladais pas le cœur ouvert à l’inconnu sur les Champs-Elysées munichois mais en arpentais bien plutôt les pavés mouillés d’un pas ferme et le col relevé face à la timide offensive d’un hiver décidément pas au mieux de sa forme, je n’en notai pas moins un déploiement impressionnant de policiers la poitrine barrée d'un pistolet-mitrailleur.
Depuis ma participation aux manifestations contre la loi Devaquet* à l’hiver 1986, la présence trop ostensible des forces de l’ordre me met toujours mal à l’aise. Me revint alors à l’esprit la Conférence sur la Sécurité et je ne pus m’empêcher de me demander – on ne se refait pas ! – si ces cordons d’hommes et de femmes en armes étaient censés protéger les grands de ce monde des terroristes ou de leur population…

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Deux nationalités, c’est mieux qu’une !

Lorsque j’avais fait état de mon intention de demander la nationalité allemande, nombreux avaient été dans mon entourage ceux qui s’étaient et m’avaient demandé pourquoi, arguant qu’hormis l’obtention d’un droit de vote intégral de ce côté-ci du Rhin – raison suffisante à mes yeux –, ma situation ne s’en verrait pas modifiée. Ils n’avaient pas tout à fait tort… jusqu’à ce que François Hollande aille braconner sur les terres du Front national et revienne de sa chasse aux fausses bonnes idées (cf. plus bas) avec dans sa musette l’intention d’inscrire dans la Constitution la possibilité de « déchoir de sa nationalité française un individu condamné pour une atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation ou un acte de terrorisme, même s’il est né français dès lors qu’il bénéficie d’une autre nationalité. »*
Au cas où nos dirigeants en viendraient un jour à supprimer la restriction sur laquelle s’achève la phrase (en gras) du président, mieux vaut avoir deux nationalités qu’une seule ! Fi de l’aura vaguement romantique de l’apatridie – n’être de nulle part, n’est-ce pas être de partout ? –, au quotidien, c’est sans aucun doute la cause de multiples emmerdes comme dirait Aznavour surtout à un moment où les contrôles d’identité font un retour en force. Quand je dis retour en force, j’exagère un brin. Lorsque nous avons passé le Rhin le 29 décembre 2015 dans le sens Est-Ouest, la frontière franco-allemande ne ressemblait pas vraiment à Check-Point Charlie du temps du rideau de fer. Trois véhicules de police certes, mais vides et pas le moindre képi à la ronde. Frustrant quand on brûle de dégainer deux cartes d’identité…

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Au pays de Christian Bobin

Ma découverte de Christian Bobin n’a rien de littéraire. Certes, nous avons la Bourgogne en partage, mais il est surtout le petit frère de mon professeur d’anglais de seconde et de terminale. D’où ma curiosité à l’origine qui, à la lecture de quelques-uns de ses textes, s’est muée en un réel intérêt. Chaque fois que je lis ce qu’il écrit, j’ai envie de le lire à haute voix. L’expression de « petite musique », quelque rebattue qu’elle soit, prend, appliquée au style de cet enchanteur de mots, tout son sens et ce, même si je ne le suis pas sur tous les terrains qu’il arpente : ce que l’on appelle son côté mystique me demeure étranger sans me laisser toutefois indifférente.
J’ai eu la chance de recevoir quelques lignes signées de sa main en remerciement de la traduction d’un article paru il y a un bon moment déjà dans les pages culturelles du Süddeutsche Zeitung, une page manuscrite dont je ne suis pas peu fière, mais que je n’ai cependant pas encadrée ou suspendue au mur tel un trophée. Ce serait lui rendre un hommage peu digne de ce qu’il est que de procéder ainsi.
Je viens de passer quelques jours dans la région du Creusot, pas loin du tout du village où il a sa retraite. Une parenthèse estivale après la grisaille de cet hiver qui n’en finissait pas. Parenthèse familiale et comme en marge de ma vie, de mon travail, de mes préoccupations et de la course de plus en plus folle du monde dont ne nous parvenaient plus que les images des infos télévisées vite refoulées ou le bruit des TGV fendant régulièrement l’air et le silence. Dans ces trains, des passagers se rendant toujours plus vite de A à B ou de B à A et à qui nous opposions notre immobilité lascive de vacanciers oisifs. Etendue dans un transat et au soleil de ma Bourgogne natale, je pris soudain conscience que je me trouvais au cœur de la France des terroirs, des poètes, des paroliers, des clichés véhiculés sur papier glacé par les tours opérateurs ou à travers leurs souvenirs de vacances par les touristes. Nulle trace de la crise, oubliés le chômage, les manifestations contre le mariage pour tous, l’affaire Cahuzac… La France éternelle existe, oui, je l’ai rencontrée et sais où la retrouver, où me ressourcer, dans cette Bourgogne qui « est mon berceau et la base d’envol de tous mes songes. » (Christian Bobin, interview, Lire, février 2013, page 46)

Demain, j'arrête

Gilles Legardinier, Fleuve noir, 2011

Passer devant une librairie sans en pousser la porte et en ressortir sans avoir acheté au moins un livre = impossible surtout quand comme moi, on n'a pas si souvent l'occasion de musarder dans un centre-ville français. Mon alibi était cette fois l'envie de lire le dernier livre de Christian Bobin, que je n'avais pas trouvé au salon du livre à Paris. J'en ai fait l'acquisition et, qui plus est, au Creusot, port d'attache de l'auteur. Forcément, j'en ai profité pour faire le tour des rayonnages et suis donc tombée sur “Demain, j'arrête“. Le nom de l'auteur ne me disait rien, la quatrième de couverture indique que ce livre a fait un tabac à sa sortie, mes recherches m'ont conduite à la chronique de Gérard Collard, étonnamment indulgent.

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Marie-Odile Buchschmid
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