Librairie allemande de Paris : entre coups de cœur et coup de gueule

 Comment peut-on ouvrir une librairie à l’heure où sévit le grand méchant loup qu’est le premier A de l’acronyme GAFA ? C’est la question que je me posais jusqu’à ce qu’une statistique de l’Observatoire de la librairie me permette de me rendre compte que les librairies indépendantes ont vraisemblablement bien plus de beaux jours devant elles que je ne le redoutais. Ainsi l’année 2015 a-t-elle été « un bon cru » pour ces dernières, les huit premiers mois de 2016 ne faisant que confirmer la tendance.

Si quelqu’un ne saurait en tout cas être taxé d’avoir agi à la légère en offrant à la capitale française une librairie allemande, c’est bien Iris Mönch-Hahn avec qui je me suis longuement entretenue la semaine passée. A peine arrivée d’Allemagne, je ne me suis en effet pas précipitée au salon du Livre – raison officielle de mon séjour parisien – mais dans le Quartier latin.

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De l’huile sur le feu

Caen prefecture salon dore miroir

« Les Français restent frustrés dans leur aspiration à l’admiration ; ils attendent beaucoup du pouvoir et ils n’y trouvent que le miroir mesquin de ce qu’ils sont. »

Jean-Marie Rouart, essayiste, journaliste et écrivain

Dernier ouvrage paru : Le Psychodrame français (éd. Robert Laffont, mars 2017), ensemble de chroniques parues entre 2007 et 2017.

 

Miroir, mon beau miroir, quel visage (mesquin) refléteras-tu au soir du 7 mai 2017 ?

Lu et apprécié

 IMG 0113Les écrivains, qui font relire leurs manuscrits par un correcteur, avant de le remettre à leur éditeur, sont sans doute plus nombreux qu’on ne le pense. Ceux qui le disent ouvertement ne sont en revanche pas légion. Au rang de ces derniers, David Foenkinos pour qui « un texte, avant d’être publié, est un terrain modifiable à l’infini. Tout est tout le temps remis en question. L’auteur est en état de fragilité. N’importe qui peut avoir une opinion sur un texte, une phrase. Mais les avis utiles sont rares et [celui de ma correctrice] en fait partie. Même si je ne suis pas d’accord avec chacune de [s]es propositions, elles m’interpellent toujours et j’estime [s]on point de vue. C’est pourquoi je ne publie pas un roman sans qu[’elle] l’ai[t] lu avant, pour ajuster la langue, traquer les incohérences, mais aussi avoir [s]on sentiment sur ce qu[’elle aime] et ce qu[’elle aime] moins. »

Cet hommage rendu par l’un des romanciers favoris des Français(es) à Muriel Gilbert, sa correctrice, figure dans le livre que celle-ci vient de publier. Titre, sous-titre et couverture annoncent clairement la couleur : il ne s’agit pas du réquisitoire larmoyant d’une professionnelle frustrée en manque de reconnaissance. Bien au contraire ! Le plaisir que l’auteure a pris à l’écriture de cet ouvrage est manifeste et… contagieux ! C’est en effet le sourire aux lèvres que l’on découvre le parcours quasiment picaresque de la « dompteuse de mots ».

Au bonheur des fautes ne se contente pas de faire passer un bon moment. Sa lecture est également très instructive. Ainsi apprend-on en quoi consiste précisément cette profession dont certains lecteurs n’avaient peut-être jamais soupçonné l’existence et dont l’apparition est antérieure à celle de l’imprimerie. Son histoire est indissociable de celle de la langue française et en particulier de celle de l’orthographe, dont la fixation remonte au milieu du XIXe siècle. A aucun moment, le ton de Muriel Gilbert ne se fait pontifiant. Correctrice au journal Le Monde, elle n’est pas économe d’anecdotes plus cocasses les une que les autres et ne laisse jamais passer l’occasion de faire partager des procédés mnémotechniques dont elle n’hésite pas à confier qu’elle est la première à les utiliser afin de venir à bout des nombreuses bizarreries, règles parfaitement arbitraires et autres exceptions auxquelles le français doit certes sa réputation de difficulté, mais aussi… son charme.

Au bonheur des fautes – Confessions d’une dompteuse de mots, Muriel Gilbert, La Librairie Vuibert, 2017, ISBN 978-2-311-10154-6

 

De l’huile sur le feu

« Le fait d’employer son mari, sa femme, son fils ou sa fille comme assistant parlementaire constitue le délit de prise illégale d’intérêt : les députés ou sénateurs qui le pratiquent ainsi ont à la fois le choix du recrutement, la maîtrise de l’opération et ils en tirent un bénéfice direct. Or la loi précise spécifiquement ces conditions. Il y aurait matière à poursuivre. […] On élit un parlementaire et non sa famille. Nous ne sommes plus au temps des rois et de leurs dauphins. »

Eric de Montgolfier, ancien procureur de la République au Tribunal de grande instance de Nice

 

 

De l’huile sur le feu

Elisabeth Roudinesco redux

« François Fillon n’est pas fou, mais son raisonnement l’est. Car s’il perd, il détruit son parti. Et s’il gagne, comment pourra-t-il être président après avoir refusé de se soumettre à la justice ? Nous nous retrouvons donc dans cette situation ahurissante d’attendre qu’il soit peut-être mis en examen tout en sachant qu’il ne se désistera pas de lui-même. C’est un cas inédit. Fillon fait donc passer son narcissisme personnel avant son parti et avant l’intérêt de l’Etat. »

Elisabeth Roudinesco à L’Obs, "Ces fous qui nous gouvernent", n° 2729 du 23 février au 1er mars 2017.

Marie-Odile Buchschmid
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