Le dernier Marc Lévy

Un sentiment plus fort que la peur, éditions Robert Laffont – Versilio

Je confesse volontiers que je ne suis pas fan de Marc Lévy. Si l'on en croit une interview du magazine Elle qui remonte déjà à un certain temps, ce dernier ne se prend pas pour un écrivain. Dans cette même interview, il déclare : “Moi, j’ai juste envie de raconter des histoires – en essayant de respecter la langue française – et de permettre aux gens de s’évader de leur réalité.“ Toute critique lui reprochant de ne pas être ce qu'il n'a pas l'ambition d'être se trouve par avance désamorcée !

Ne pouvant pour des raisons professionnelles ignorer totalement ce qui se passe sur le marché du livre français, j'ai donc il y a quelques jours entamé la lecture du dernier opus signé Lévy. Résultat, je l'ai dévoré. C'est un polar bien ficelé qui tient en haleine de la première à la dernière page. L'histoire ? Susie Baker veut à tout prix innocenter sa grand-mère accusée dans les années 60 de haute trahison. Sa quête de la vérité la conduira à en compagnie du journaliste Andrew Stilman à prendre les risques les plus inconsidérés. Les services secrets américains s'en mêlent… Mais à la fin, tout est bien qui finit bien. Les événements qui servent de trame au récit ne sont pas totalement inventés, ce qui lui confère sa cohésion. C'est aussi captivant que du Dan Brown – comparaison d'autant moins saugrenue que l'action se déroule aux Etats-Unis – mais en nettement moins sanguinaire. Un bon bouquin pour frissonner tout en se relaxant les méninges !

Secret de famille et embruns

Adèle et moi, Julie Wolkenstein, éditions POL, 2013

Vous aimez les sagas familiales sur fond d'histoire contemporaine, préférez la Normandie à la Côte d'Azur ? Alors, vous avez des chances plus que raisonnables d'aimer Adèle et moi. En mettant de l'ordre dans les affaires de son père, qui vient de mourir, la narratrice découvre un pan de l'histoire familiale qu'elle ignorait totalement. Elle veut en savoir plus et en aura pour l'argent dont la fameuse Adèle du titre, son aïeule, n'a jamais manqué. L'alternance entre aujourd'hui et hier, que dis-je avant-avant-hier, maintient le rythme de ce livre aux allures de roman policier. Quelques escapades du côté de la psychanalyse et autre psychogénéalogie pour relever le tout. 600 pages pour s'en délecter !

Pas convaincu(e) ? Allez voir du côté de Télérama et du Monde.

1954-1962 : les "événements" d'Algérie“

Entre 1954 et 1962, plus de 1 200 000 Français sont partis « jouer les petits soldats » en Algérie. Certains deviendront célèbres, tel le chanteur Serge Lama. La citation précédente est d’ailleurs empruntée à la chanson intitulée L’Algérie qu’il consacra en 1975 à cette période de sa vie. Parmi les appelés se trouvait aussi le père de l’écrivain Laurent Mauvignier ou celui de l’auteure de cet article.

Après la signature et l’entrée en vigueur des accords d’Évian (18-19 mars 1962), par lesquels la France reconnaissait l’indépendance de celle qui ne serait plus désormais que son ancienne colonie, les combattants qui ne revenaient – près de 25 000 d’entre eux trouvèrent la mort – même pas en héros, reprirent tant bien que mal le cours d’une existence que la décision d’envoyer le contingent ramener l’ordre de l’autre côté de la Méditerranée avait interrompu. Dans leurs bagages, des photos en noir et blanc auxquelles les années donneraient la teinte sépia d’un passé si lointain qu’il en semble presque irréel.
Lors de rencontres avec d’autres anciens d’Algérie, les clichés ressortiraient des albums ou des boîtes à chaussures. À nous leurs enfants, curieux d’en apprendre davantage sur le pays où nos pères avaient séjourné jusqu’à deux ans (parfois plus longtemps encore), ils raconteraient des anecdotes : « Pendant que j’étais là-bas, il y a même eu un tremblement de terre. Tu vois, je suis l’homme qui a fait trembler l’Algérie ! ». Ils diraient également qu’il faisait chaud là-bas, qu’il ne pleuvait presque jamais et qu’il y poussait des palmiers… Mais sur ce qui s’était passé au « club Bled », ce qu’ils allaient fait là-bas, pas un mot !

Weiterlesen

Histoire au menu

Les Petits Plats de l'histoire, Jean Vitaux, éditions puf, 2012

Pour indiquer que l’histoire ne se répète pas, on dit volontiers qu’elle « ne repasse pas les plats ». Cette expression se justifie d’autant plus que gastronomie et histoire ont toujours entretenu des liens étroits. Ces derniers ont inspiré Jean Vitaux, dont le livre rafraîchit et complète nos souvenirs de cours d’histoire de manière particulièrement plaisante. On apprend par exemple que si les légionnaires romains tendent à Jésus mourant une éponge d’eau vinaigrée, ce n’est pas par désir de le torturer davantage, mais parce qu’eux-mêmes, pour éviter les épidémies, ne boivent pas autre chose. On découvre en outre que les problèmes de ravitaillement des armées sous la Révolution et le Premier Empire sont à l’origine de l’invention des conserves ou que la Première Guerre mondiale a joué un rôle essentiel dans la diffusion du camembert…

Cet ouvrage ne se dévore pas. On en dégustera au gré de ses appétits les anecdotes, toutes ces petites histoires sans lesquelles l’Histoire n’aurait pas la même saveur !

Jean Vitaux n’est pas seulement médecin gastro-entérologue. C’est aussi un fin gourmet qui se passionne pour l’histoire de la gastronomie. Il lui a d’ailleurs consacré plusieurs ouvrages, dont un Dictionnaire du gastronome (2008) remarqué.

Pour fuir l'hiver…

… rien ne vaut une soirée cinéma avec une copine ! Surtout lorsque l'on a choisi d'aller voir Renoir de Gilles Bourdos avec Michel Bouquet dans le rôle du peintre à la fin de sa vie. L'expression “se faire une toile“ aurait pu être créée pour ce film dont les images sont autant de tableaux. La plume qui a ciselé les dialogues vaut le pinceau du maître. Une escapade dans l'univers des Renoir, que l'on ne quitte qu'à regret.

Un film à (re)voir 04 !

Marie-Odile Buchschmid
Birkenweg 14
82291 Mammendorf

marie-odile.buchschmid@t-online.de
www.moenmots.de
Linkedin